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De la difficulté d'obtenir un stage

Pendant ces mois d’été, je vais vous proposer de découvrir la vie palpitante d’un stagiaire en journalisme. Un étudiant en journalisme qui vous parle d’un stage en journalisme dans un journal… étudiant. Belle mise en abyme. Contrairement à ce qu’on aimerait nous faire croire, il n’est pas facile aujourd’hui en France de se former à un […]

Pendant ces mois d’été, je vais vous proposer de découvrir la vie palpitante d’un stagiaire en journalisme. Un étudiant en journalisme qui vous parle d’un stage en journalisme dans un journal… étudiant. Belle mise en abyme.

Contrairement à ce qu’on aimerait nous faire croire, il n’est pas facile aujourd’hui en France de se former à un métier, y compris quand celui-ci est votre passion. Je vous passerai l’histoire des stages obligatoires et des écoles qui ne font rien pour vous aider à décrocher le précieux sésame. Ou encore celle, très drôle, de l’offre de stage qui demande au stagiaire une expérience précédente dans le domaine souhaité. Une expérience qui, bien entendu, ne peut s’obtenir sans un premier stage. Le cercle vicieux ça vous dit quelque chose ?

Toujours est-il que je n’ai pas eu à affronter ces épreuves. Depuis septembre, je suis élève au sein de l’Académie de l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille, une formation post-bac mise en place par l’école pour la première fois cette année. Elle s’effectue en partenariat avec les universités de Lille, ce qui fait que nous partageons notre temps entre l’ESJ et l’université. Au mois de novembre, puisque l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt,  j’ai commencé les démarches pour obtenir un stage au sein d’un titre de presse quotidienne régionale  (PQR) de ma région natale. Après des mois de coups de fil incessants, j’obtiens enfin la confirmation de la part de l’entreprise en question. Commencent alors les démarches pour obtenir une convention de stage, et mes ennuis avec. A ma grande surprise, l’université lilloise dans laquelle j’étudie, que je ne nommerai pas, me refuse une convention au motif que : « le stage n’est pas obligatoire et pas prévu dans les maquettes de ma licence« . On m’indique également que la politique de l’établissement vise à éviter l’exploitation des stagiaires par des entreprises peu scrupuleuses. Seulement dans mon cas, c’est moi qui suis venu avec « un contrat pour le diable ». J’avais un stage, que j’avais obtenu par mes seuls efforts et que je VOULAIS faire. De mon plein gré. En étant prêt à travailler le week-end, les jours fériés, dans le blizzard, le désert, les pluies de balles, pendant les invasions extra-terrestres, bref toutes les conditions.

Fort surpris, je me suis tourné vers l’autre école où je suis étudiant et en moins d’une semaine, j’ai obtenu une convention signée et envoyée chez mon futur employeur. J’attends désormais impatiemment la réponse des responsables politiques en charge de l’enseignement supérieur, de gauche comme de droite, qui assurent que tout est fait pour que les jeunes Français puissent se construire un avenir. Pour le journalisme, la pratique reste un des meilleurs moyens de se former, et ne pas pouvoir effectuer un stage est un frein net à la professionnalisation. Or ici c’est bien l’université qui bloquait l’obtention dudit stage.

Et voilà aujourd’hui, lundi 15 juin, je débute ce stage qui me mènera au bout de l’été. Je n’en suis pas à mon coup d’essai puisque j’avais déjà effectué un mois de stage l’année dernière au même endroit. La vie de journaliste est sûrement beaucoup moins palpitante que ce que les gens imaginent. On passe souvent beaucoup de temps au téléphone, enfin  plutôt à écouter les magnifiques musiques d’attente des standards téléphoniques. Quand on  n’est pas au téléphone, on attend que quelqu’un nous téléphone. Bon c’est vrai c’est aussi beaucoup de terrain. Même en PQR vous pouvez être envoyé dans des zones sensibles pour couvrir des sujets brûlants : corruption d’hommes politiques, détournements de fonds, assemblée générale de la confrérie de la saucisse… Sans plaisanterie, un conseil municipal d’un petit village peut être aussi animé qu’un débat à l’Assemblé nationale sur la loi Macron. Parfois il y a aussi des sujets nettement moins trépidants. Mais vous aurez déjà la satisfaction d’être lu et surtout ce sentiment magique que vous pouvez ressentir en voyant le regard plein d’admiration d’une personne que vous allez interroger au moment où vous vous présentez comme un journaliste. Ne jamais dire « journaliste stagiaire », c’est le meilleur moyen pour qu’on essaie de vous faire gober n’importe quoi ou d’orienter votre propos.

Voilà pour ce début un peu généraliste, je vous l’accorde, mais dans les prochains épisodes vous aurez l’occasion de découvrir l’envers du décor du journalisme (dans le bon sens du terme).

Etienne Meyer-Vacherand

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