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Quittera, quittera pas ?

L’éditorial de la semaine. Démissionner aujourd’hui, un signe de courage politique ?

L’écrasante victoire du parti conservateur de David Cameron aux élections générales du 7 mai a provoqué la démission de plusieurs leaders des partis d’opposition vaincus. Nigel Farage pour UKIP, Ed Miliband pour le parti travailliste et Nick Clegg pour les démocrates libéraux. Nigel Farage est le seul qui avait annoncé sa démission en cas de défaite. Une promesse tenue semble-t-il… jusqu’à ce que l’on apprenne à la fin du week-end que celui-ci réintégrait son parti. Ce n’est pas sans rappeler un autre homme politique qui lui aussi avait annoncé quitter la vie politique avant de revenir à la tête de son ancienne organisation politique quelques mois plus tard. On pourra arguer que le chef du parti eurosceptique a été rappelé par les siens, puisque la direction du parti à rejeté à l’unanimité sa démission.

La question n’est pas là. Aujourd’hui en Angleterre le chef d’un parti politique n’hésite pas à démissionner après une défaite. On pourra opposer que chez les Tories (parti conservateur) il ne s’agit pas d’une décision mais d’une obligation inspirée par la tradition. C’est beaucoup moins vrai pour les Whigs, chez qui Ed Miliband a rendu son tablier, à la surprise quasi générale. Un cas de figure inenvisageable en France. Selon la Croix il a justifié cette démission en expliquant que « le pays a besoin d’un parti travailliste fort » et qu’il doit y « avoir un débat ouvert et honnête sur sa future direction, sans contrainte ».  Un signe de ce que l’on pourrait appeler le « courage politique » : quitter son parti pour le bien de celui-ci, plutôt étonnant non ?

Depuis l’exception Lionel Jospin en 2002, aucun homme politique français n’a eu ce courage. Il ne s’agit pas là de rejoindre les discours d’appel à la démission de François Hollande que l’on a pu entendre fleurir un peu partout, mais surtout aux extrêmes. Il est évident que le président de la République n’a pas à démissionner pour chaque élection perdue mais une telle décision peut parfois s’avérer un signe fort. C’est aussi une des perversités du système politique français qui fait du président le chef de son parti quand bien même il ne l’est pas, ou plus, dans les faits. Il n’empêche que lorsque le parti remporte la victoire on retient la nom de son leader comme celui de vainqueur mais dans la défaite c’est l’ensemble qui a perdu (un peu comme avec l’équipe de France de foot). Avec la personnification de la politique autour des chefs de file, la victoire et la défaite, aussi bien que leurs responsabilités doivent leur en incomber.

Si les hommes politiques français n’envisagent effectivement pas la politique comme une carrière cette décision ne devrait pas être si difficile à prendre, que ce soit démissionner de la tête de son parti ou de son poste. Il faut certes du temps pour mettre en place une politique efficace sur le long terme mais de tels gestes permettraient de redonner confiance aux citoyens en la politique, et ne pas leur donner l’impression que les politiques sont à la recherche d’un pouvoir personnel pour leur satisfaction personnelle. Si femme ou homme politique est une vocation et non pas une profession, comme chacun d’entre eux se plaît à l’affirmer à chaque fois que la question est posée, démissionner devrait être naturel. Pour le bien du parti. Pour le bien du pays. Pour le bien de la démocratie.

Etienne Meyer-Vacherand

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