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Photographie : Zoom sur ceux que l'on ne regarde plus

Sorb’on vous propose de faire la rencontre de Maxime Franch, jeune photographe mettant son talent au service d’individus à l’ombre des projecteurs.

Sorb’on vous propose de faire la rencontre de Maxime Franch, jeune photographe de talent. Sa particularité ? Maxime photographie ceux que l’on ne regarde plus. On les appelle communément « sans abris », ou « SDF », mais ce que Maxime voit chez eux avant tout, c’est leur visage, et sur leurs traits l’empreinte d’une histoire que l’on prend rarement le temps de regarder.
 

De quand date cette « vocation » à photographier des individus qui sont normalement à l’ombre des projecteurs ?

C’était lors d’une rencontre avec un homme sans abris qui s’appelle « Illi » en mai 2014 pendant une sortie scolaire. Je l’ai vu au loin assis sur son sac, j’ai beaucoup réfléchi avant de le photographier, de lui demander son autorisation.
Cela se passe tout le temps comme ça, avant de faire une photo j’ai comme le « trac » et je reste pendant plusieurs minutes à attendre un peu à l’écart avant de me lancer. Une fois décidé, il a tout de suite accepté que je le prenne en photo. Il était un peu gêné au début, puis petit à petit il a pris plaisir à être devant mon objectif. Le courant est tout de suite passé, alors que nous ne parlons pas du tout la même langue ; nous nous comprenons avec des gestes principalement.
Avant de repartir rejoindre ma classe, je suis vite allé faire tirer une photo qu’il avait choisie, et je lui ai donnée. J’essaie toujours de donner un tirage aux personnes que je rencontre, si j’ai la chance de les revoir. Illi est sans doute la plus belle d’entre toutes, ce moment est inoubliable. Dès que je le vois, on essaie de discuter, et on finit par prendre quelques photos.
 

« Illi »

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Qu’est-ce que tout cela t’a apporté, notamment humainement ?

Humainement, cela m’a apporté une vision que je n’avais pas vis-à-vis des personnes sans-abri/sans domicile fixe. Plus jeune, je n’osais pas réellement approcher/donner une pièce à ces personnes ou même leur accorder un regard. Alors que maintenant, je rigole avec eux, des liens se sont créés, j’ai vécu des moments magiques… Et je n’aurais jamais pu imaginer cela avant. Je sais que je ne les aide pas à survivre, je ne leur donne pas à manger. Mais les faire sourire, voir la joie dans leurs yeux quand ils reconnaissent leur visage sur une photo, simplement leur montrer que l’on peut s’intéresser à eux pendant ne serait-ce qu’un quart d’heure… Ça n’a pas de prix.
 

Tu as des soutiens artistiques, familiaux, professionnels… ?

Pour commencer, il y a toutes les personnes qui me suivent sur internet. C’est très encourageant de voir que son travail peut plaire à d’autres personnes qu’à ses proches, sa famille. Pour la petite histoire, un jour l’un de mes photographes préférés, Lee Jeffries (à qui l’on me compare souvent, même si je n’ai connu son travail qu’après avoir commencé à trouver mon style), a aimé une de mes photos (« Rue de la République » ; voir le bandeau de l’article), cela a été une belle reconnaissance pour moi, venant de la part d’un photographe professionnel que j’admire énormément.
Mais la personne qui m’aura le plus soutenu, qui m’a aidé à me surpasser, et qui est impliquée dans tous mes projets tant bien personnels que professionnels, c’est ma mère. Elle me suit depuis mes débuts et sans minimiser la chose, sans elle je ne serais pas là ou j’en suis aujourd’hui. Et si je réussis plus tard dans la vie et dans la photographie, ce sera en majeur partie grâce à elle, encore une fois.
 

Des projets ? Comment vois-tu ton avenir ? Un rêve ultime ?

Alors, mes projets en cours sont bien évidemment de continuer ma série sur les sans-abri. Je serai d’ailleurs en exposition sur un festival photo (« Photo dans LERPT ») dans la région de la Loire, du 30 mai au 7 juin. J’y exposerai parmi 35 autres photographes, 5 de mes portraits. Pour le moment, mon avenir je le vois encore dans mes études. Je vais finir mon BAC, et tenter de rentrer dans l’école des Gobelins sur Paris, dans la section photo. Mon rêve ultime ? Ce serait de devenir photographe reporter, partir dans le monde (à la Sebastião Salgado), faire des reportages, et pouvoir être exposé dans des galeries.
 

« Without name »

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Ce portrait s’intitule « Without Name » parce que cet homme ne sait pas parler et qu’il n’a donc pas été capable de donner son nom. Cette rencontre fut donc des plus spéciales, la communication entre le photographe et le modèle s’exprimant en dehors des cadres habituels. Mais de cette contrainte peu usuelle est née une complicité inédite qui a donné lieu et sens à cette photo :
 

« Communication »

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« Marcello »

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Lorsque Maxime a demandé à Marcello s’il pouvait le prendre en photo, ce dernier lui a tout de suite répondu oui, et s’est levé. Il a pris une pose à laquelle le photographe ne s’attendait pas : droit, immobile, le regard fixe. Il n’a pas bougé de toute la séance. Il a cependant souri à la vue des photos, et « c’est le principal », m’assure le photographe. Malgré un visage terne, il a esquissé un dernier sourire lorsque ce dernier lui a dit « Ciao Marcello ».
Pour en savoir plus, rendez-vous sur sa page Facebook !

Lucille Simonin

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