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L’avènement du streaming musical ?

Exit le Top 50 et le Hit Machine de M6, bienvenue dans la course au buzz.

Stromae, roi des ventes françaises en 2013 (Crédit photo : Benjamin Girette/Metronews )

 
La Syndical National de l’Edition Phonographique (SNEP) a annoncé début septembre les attendus chiffres du premier semestre 2014 du marché de la musique. Sans surprise, les ventes physiques poursuivent leur interminable chute, tandis que le succès du streaming se confirme et suscite un large enthousiasme.
Le marché de la musique ne va pas (encore) mieux. Après avoir connu, pour la première fois en douze ans, une légère progression de son chiffre d’affaires (+ 2,3%) en 2013, les chiffres sont revus à la baisse pour le premier semestre 2014. Ils passent sous la barre des 200 millions d’euros, suite à une baisse conjointe des ventes physiques (-13,6%) et, plus étonnant, des téléchargements légaux (-18%). Pourtant, une lueur d’espoir apparaît, grâce au succès d’un acteur prépondérant du marché   numérique : les plateformes de streaming musical.
 

La crise du marché physique, pourquoi, comment ?

 
La crise du disque a soufflé sa dixième bougie en 2012. La faute de la généralisation de l’utilisation d’Internet et du partage de fichiers, mais aussi celle des majors, qui jusqu’à la moitié des années 2000 livrent une bataille acharnée contre les supports numériques.
Tout se joue à l’aube du XXIe siècle. Les systèmes de Peer-To-Peer (P2P), comme Napster, ainsi que les premières plateformes de téléchargement apparaissent et connaissent un succès grandissant dès 1996, tandis qu’en 1997 Karlheinz Brandenburg pose déjà les bases du format mp3. A partir de 2002, les maisons de disques voient les ventes du sacro-saint CD chuter dangereusement.
Face à un public qui dénonce le prix abusif du format physique et qui se pense victime des majors friands de bénéfices, de multiples moyens de répression se mettent en place (campagnes publicitaires, procès, attaques des systèmes de P2P, protection des CD contre la copie et l’encodage). Sans succès. Le public attend, et de pied ferme, l’avènement du numérique. En attendant, il télécharge et se met en quête des artistes indépendants auxquels le « star system » ne profite pas.
En 2008, le marché français a déjà perdu 50% de sa valeur, soit 696 millions d’euros. Pourtant, en termes de chiffres, le marché physique domine toujours le numérique en 2014, avec environ 2/3 des revenus totaux. Certains artistes continuent de vendre, et beaucoup, forts d’une large campagne de promotion à 360°. En 2013, One Direction, Eminem et Justin Timberlake vendent respectivement 4, 3.8 et 3.6 millions d’albums, prenant la tête du classement mondial de ventes d’albums. En France, Stromae dépasse le million de ventes de Racine Carrée et devient double disque de diamant. Le CD n’est pas mort, mais le marché s’équilibre progressivement, entre les revenus issus du marché physique et le succès des supports numériques.
 

La dématérialisation de la musique, une nouvelle chance ?

 
Une page se tourne dans l’histoire du marché avec l’acceptation du numérique en tant qu’outil de promotion et de diffusion musicale. Il s’agit d’une étape devenue incontournable de la promotion d’un artiste, y compris chez les majors. Exit le Top 50 et le Hit Machine de M6, bienvenue dans la course au buzz, au nombre de vues sur YouTube et aux possibilités infinies de communication avec les consommateurs grâce aux réseaux sociaux.
 

 
Mesdames et Messieurs, le plus gros succès de YouTube. Non, je n’ai pas dit que « nombre de vues » rimait avec « qualité ».
En parallèle, les fameuses plateformes de streaming musical s’imposent comme l’eldorado de l’amoureux de musique, qui y trouve une offre de qualité, diversifiée et surtout régulièrement mise à jour. Aucun souci pour accéder en deux clics au tout dernier album de cet artiste indépendant que vous adorez, fermez donc cette fenêtre BitTorrent.
Associées à un coût relativement faible vis-à-vis du service proposé, entre zéro et dix euros par mois, ces qualités entraînent la multiplication des plateformes et du nombre d’abonnés. Spotify, le géant suédois aux dix millions d’abonnements payants, et Deezer sont rapidement rejoints par Qobuz, Fnac Jukebox, Amazon et même Apple avec le rachat de Beats by Dr Dre. Guillaume Leblanc, directeur général du SNEP, ne cache pas son enthousiasme pour ce système, qui offre selon lui des « perspectives prometteuses pour toute la filière musicale » d’après une interview accordée à L’Opinion. Après plus de dix ans de crise, de tels propos ne sont pas anodins. L’heure est au soulagement lorsqu’on constate que le chiffre d’affaires du streaming a augmenté de 33% en un an, se payant le luxe de compenser la chute des téléchargements légaux. La SNEP va même jusqu’à inaugurer un « Top Streaming » en septembre 2014, qui remplace nos bons vieux Top Albums, et officialise ainsi la reconnaissance du streaming comme un « mode principal de consommation de musique en ligne ».
Vient maintenant le temps du « mais ». L’expérience a prouvé qu’il faut éviter toute conclusion hâtive avec le marché de la musique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, le streaming rencontre un large succès et, pour l’instant, génère des revenus en constante hausse. Il s’est invité dans les habitudes des Français, à tel point que deux millions d’entre eux paient chaque mois un abonnement. Pourtant, à partir de ceci, il y a quelques réalités à prendre en compte : la première concerne la situation des artistes émergents. En 2013, l’écoute d’un titre sur Deezer rapporte en moyenne 0,0062 centimes aux ayants droits. Sachant que les artistes ne touchent qu’un pourcentage de l’ordre de 10%, cela représente une somme dérisoire. Il semblerait donc que les jeunes artistes aux moyens limités ne puissent plus compter sur le cœur même de leur activité, la production musicale, mais plutôt sur les revenus des places de concert, voire des produits dérivés. De plus, le second problème touche l’économie des plateformes de streaming. Du haut de ses millions d’abonnements, Spotify pourrait sembler intouchable. Croyez-le ou non, l’entreprise n’est même pas rentable, à ce jour, et accumule 150 millions d’euros de pertes, comme le rapporte Rue89.
Sous les apparences, l’empire n’est pas si stable et les résultats restent fragiles, mais l’industrie a envie d’y croire. Et nous aussi, quelque part.

Cassandre Gouillaud

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