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Et si on jouait au Président ?

  Jeudi 7 avril, le blog Les Décodeurs, affilié au journal Le Monde, proposait un « jeu » à ses lecteurs, celui de se prendre pour François Hollande. Le temps de huit questions interactives, accompagnées à chaque fois d’une possibilité de « rétropédalage », le lecteur plus ou moins éclairé peut se prendre pour un […]

 
Jeudi 7 avril, le blog Les Décodeurs, affilié au journal Le Monde, proposait un « jeu » à ses lecteurs, celui de se prendre pour François Hollande. Le temps de huit questions interactives, accompagnées à chaque fois d’une possibilité de « rétropédalage », le lecteur plus ou moins éclairé peut se prendre pour un chef d’Etat, et décider de l’avenir politique de Cécile Duflot, Bernard Cazeneuve, et autres Pierre Moscovici.
Renouveler l’offre de presse
La publication d’un tel « jeu », qui s’apparente à du journalisme-fiction, a fait grincer de nombreux lecteurs, qui se demandent toujours où est passé leur « journal de référence ». La multiplication des articles intégrant un visuel interactif semble répondre à une nécessaire mutation de l’offre de presse, qui, pour démocratiser son contenu, doit d’abord démocratiser sa forme. L’ère des articles alambiqués s’achève alors, poussée vers la sortie par celle du design, des belles images et des interactions sophistiquées. Plus qu’une concordance avec les innovations que connait la presse et l’audiovisuel, la multiplication de ces nouvelles formes de faire de l’info répond à une nécessité criante. Celle de la conquête difficile d’un nouveau lectorat face à la chute des tirages, un lectorat jeune, quitte à délaisser les « vieux ».
Le journalisme pédagogue
Le jeu présente un intérêt certain en matière de compréhension du fonctionnement des décisions politiques – un petit bilan à la fin des huit questions ne manque pas de nous rappeler les concessions auxquelles nous avons dû nous plier pour préserver notre majorité parlementaire. Le lecteur comprend d’autant mieux les tensions qui pèsent sur chacune des décisions du président, qu’il se met à sa place. Si la pédagogie est bien là, on peut se demander si le journalisme y est à sa place.
Compréhension ou banalisation ?
Pourquoi chercher à mettre les gouvernés dans la peau des gouvernants ? Les scénarios-fiction du « et si vous étiez … » se multiplient dans la presse. Les Echos publiaient le 24 janvier 2014 un article intitulé « Dans la peau de François Hollande » ; une semaine plus tard, le Journal du Dimanche titrait « Dans la peau du président de l’Assemblée nationale ». Ce phénomène participe à la fois d’une volonté de compréhension, de démocratisation des décisions politiques – aussi virtuelle soit-elle -, et d’une banalisation, désacralisation du métier de gouvernant. L’idée que sous-entend ce genre d’article est que tout le monde, c’est-à-dire n’importe qui, serait en mesure de gouverner. A l’ère du rejet général de la classe gouvernante, l’illusion selon laquelle peut gouverner qui veut est aussi séductrice que dangereuse.
 
Retrouvez l’expérience proposée par les Décodeurs ici.
 
 
 
 

Céline Eschenbrenner

1 commentaire

  • Tout à fait d’accord ! Ce n’est pas parce que le journalisme se vit maintenant de plus en plus sur Internet (et Sorb’on en est bien la preuve) qu’il doit perdre en rigueur, ne plus prendre son lectorat au sérieux, et désacraliser le Politique !

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