On’

Mon genre de féminisme

Je ne sais pas si je suis « féministe ».

Je ne sais pas si je suis « féministe ». Je trouve que les courants féministes manquent de lisibilité : je ne suis ni pour un féminisme qui nierait la différence des sexes, ni pour un féminisme de la guerre des sexes, et je ne crois pas au mode d’action des Femen, qui participent selon moi à une perception négative des groupes féministes en utilisant des arguments marketing. Je n’aime pas non plus l’idée que les femmes soient promues, poussées uniquement parce qu’elles sont des femmes… Problématique que Françoise Giroud résumait par cette géniale citation, dès 1983 : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ».
Mais je sais aussi que, si je suis outrée de l’hégémonie masculine dans les milieux influents comme les affaires et la politique, je le suis sûrement plus encore du sexisme inconscient, implicite, machinal, irréfléchi, instinctif.
De ces petites phrases d’adolescents ou de jeunes adultes qui justifient souvent un viol par un « en même temps, elle se fringuait vraiment comme une pute ».
Qui se demandent en riant avec qui telle femme a bien pu coucher pour en arriver là.
Qui considèrent qu’une femme avec les cheveux courts, un blouson et des bottes, c’est un homme, ou, au mieux, une lesbienne.
Qu’un garçon ne pleure pas, que s’il joue à la poupée, il deviendra homosexuel, ou encore que les filles sont plus douces, donc moins guerrières, donc plus soumises…
Mais ces mêmes personnes, si on leur demande, défendront évidemment l’égalité hommes-femmes, sans voir qu’eux-mêmes participent au quotidien à la construction d’un imaginaire collectif qui abaisse la femme, qui l’objectivise presque autant qu’un clip de Miley Cyrus ou de Rihanna.
A l’heure où les débats autour de la prétendue théorie du genre donnent lieu à de pathétiques démonstrations et argumentations, on en oublierait presque le cœur de ce sujet : sans évidemment nier les différences biologiques entre hommes et femmes, il s’agit de « lutter contre la formation des inégalités de traitement, de réussite scolaire, d’orientation et de carrière professionnelle dès le plus jeune âge, en agissant sur les représentations des élèves et les pratiques des acteurs de l’éducation (…) pour aider à la prise de conscience des préjugés, dans et hors la classe, et transmettre une culture de l’égalité entre les sexes. » d’après le site de l’ABCD de l’égalité. Vaste programme, Messieurs, vaste programme, comme dirait le Général de Gaulle. Mais cet objectif reste bien plus honorable, et à mon sens, profondément essentiel, bien plus que tous les débats qu’il a générés, portant sur tous les sujets possibles sauf celui-là précisément.
Alors à toi qui participes à la ténacité de ces idées reçues, toi à qui l’on doit ce plafond de verre bien embêtant, toi qui choisis la facilité en te rabattant sur les stéréotypes les plus absurdes : que tu sois un homme ou une femme, que tu appartiennes à notre génération ou à la précédente, sache simplement que tu ne facilites pas la vie d’une jeune fille de 18 ans. Même si en réalité, c’est bien à nous tous et à nous toutes de travailler sur nos propres stéréotypes.
PS : cette petite anecdote pour illustrer en deux lignes ce que j’ai (longuement) évoqué plus haut : en mettant le point final à mon article, je croise un ami de lycée qui, intrigué, me demande de lire ce que j’écris. A la fin de sa lecture, il se tourne et me dit « c’est bien, mais par contre il y a quelque chose que je ne comprends pas ; t’es sûre de savoir ce que c’est l’ABCD de la femme ? Non parce que pour moi, c’est Allaiter Baiser Cuisiner Dormir… et encore, il manque le V de Vaisselle ! ». Et je crois qu’il ne plaisantait qu’à moitié.

La rédaction

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please authorize your Instagram account in the plugin settings .